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Vivement l'Ecole!

Mise au point... La parole des élèves, "c'est de la merde"...

31 Mai 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

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Extrait de la Revue de presse des Cahiers Pédagogiques à retrouver en bas de page

(...)

Mise au point

Deux interventions de M.Brighelli, aussi navrantes qu’à l’accoutumée, m’amènent à faire une mise au point qui me semble tout à fait nécessaire.

M.Brighelli était l’invité ce matin de l’émission "L’heure des pros" du très complaisant Pascal Praud, sur CNews, en compagnie de Rokhaya Diallo et Frédérique Rolet, qu’il convient de saluer pour avoir supporté des propos difficilement acceptables. M. Brighelli a en effet, entre autres fulgurances, en parlant des élèves, expliqué qu’il fallait « cesser de leur dire que leur parole est sacrée » parce que « leur parole, c’est de la merde, voilà. Au départ, c’est de la merde. » Rokhaya Diallo a bien tenté d’expliquer que ceci n’est rien d’autre que du mépris, M.Praud, lui n’y voit qu’une "parole forte", en concédant tout juste que c’est "caricatural".

Cette prestation subtile et pénétrante était d’ailleurs annoncée dès la veille avec un billet affligeant, où les Cahiers pédagogiques reçoivent à leur tour un témoignage de délicatesse de monsieur : « Déclarer la fin du pédagogisme — à la bonne heure, mais je voudrais des mesures concrètes : par exemple couper les vivres à toutes ces officines pédagos qui grèvent le budget du ministère, à commencer par les Cahiers pédagogiques et autres organisations sectaires. Ou organiser un audit visant à estimer exactement la part de responsabilités des « assassins de l’école », comme les a très bien surnommés Carole Barjon l’année dernière. »

On voit dans ce billet, subtilement intitulé Ré-éducation nationale, que M. Brighelli, après avoir appelé à voter Le Pen, tout en ayant fait campagne pour Nicolas Dupont-Aignan,lance un appel du pied tout aussi subtil que ses propos sur les élèves en direction de M. Blanquer, qui a eu le malheur de susciter quelques espoirs en utilisant le mot pédagogisme. On constate aussi que M. Brighelli continue à invectiver quiconque ne se lance pas, comme lui, dans des diatribes pleines de mépris pour les élèves, destinées à s’inventer des ennemis plutôt qu’à chercher à améliorer sérieusement les points faibles de notre école.

Aux Cahiers pédagogiques, nous avons le tort, pour M.Brighelli, de penser que la parole de l’élève a de la valeur, non seulement en tant que telle, mais pour ce qu’elle peut nous révéler en terme d’avancée dans les apprentissages. Cela n’en fait pas une parole sacrée, comme il le prétend, mais une parole qu’il faut respecter, et en tout cas ne jamais insulter. Comment voulez-vous que nos enfants, nos adolescents fassent confiance à leurs enseignants, à l’institution, à la société, s’ils peuvent entendre à la télévision de la bouche d’un enseignant (hélas) que « leur parole, c’est de la merde » ? Comment s’étonner ensuite qu’ils aient peur de se tromper ? L’éducation de nos enfants et de nos élèves est un enjeu crucial pour notre démocratie. A l’heure où bien des adultes se réclament de la "post-vérité" (comprendre : disent et répandent volontairement des mensonges), il est soit illusoire soit délibérément malveillant de chercher à faire croire à une société déstabilisée par de multiples changements qu’il suffirait d’un claquement de doigts et d’éructer aux enfants de se taire pour remettre de l’ordre dans notre école. Tout au contraire, il faut prendre en compte la parole de nos élèves, l’accueillir, leur donner le droit à l’erreur pour mieux, si nécessaire, les aider à la déconstruire et contribuer ainsi à leur cheminement de futurs citoyens. Et si véhiculer cela fait des Cahiers pédagogiques une officine pédago et une organisation sectaire, je suis fière d’en être.

Aurélie Gascon

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