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Vivement l'Ecole!

La semaine de 4 jours? La pire possible et la recherche est unanime sur ce point...

16 Novembre 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Pédagogie

La semaine de 4 jours? La pire possible et la recherche est unanime sur ce point...

EXTRAITS

C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : permettre aux municipalités de revenir à la semaine scolaire de quatre jours. Déjà, la ville de Marseille a annoncé sa décision en ce sens. Pourtant, quoi qu’en disent ses promoteurs, cette organisation spécifiquement française a fait ses preuves comme la pire possible et la recherche est unanime sur ce point.

Monsieur le ministre de l’Éducation nationale déclare dans le Monde du 20 mai 2017 : « Sur les rythmes, je crois qu’il faut se garder des certitudes. Entre la semaine d’école sur les 4 jours et celle sur les 4 jours et demi, aucune étude tranche quant à l’impact sur les résultats. » Effectivement, il ne peut pas y avoir de certitudes tant sont nombreux les facteurs susceptibles d’influer sur les comportements des enfants et leurs rythmes.

En revanche, monsieur le ministre se trompe quand il déclare qu’il n’existe aucune étude sur l’impact sur les résultats. Des rapports, des recherches en chronobiologie et en chronopsychologie existent. Leurs résultats, publiés dans des ouvrages et des revues scientifiques, constituent un corpus de connaissances sur lequel il est possible de s’appuyer pour appréhender le problème des « rythmes scolaires » et plus particulièrement proposer des aménagements des temps scolaires plus respectueux des rythmes de l’enfant (voir la bibliographie, références 1, 2, 3 et 4).

Avant d’indiquer quels rythmes doivent être respectés prioritairement, il convient de lever l’ambiguïté liée à l’expression « rythmes scolaires » .

  • Soit les « rythmes scolaires » correspondent aux emplois du temps et calendriers scolaires.
  • Soit les « rythmes scolaires » sont compris comme les variations périodiques biologiques, physiques et psychologiques propres à l’enfant en situation scolaire.

Traiter le problème des rythmes scolaires revient alors à satisfaire pragmatiquement deux pôles d’intérêt : celui des adultes et celui des enfants dont les rythmes de vie doivent être impérativement respectés. Il s’agit de parvenir à un compromis qui s’appuie notamment sur des données relevant de deux disciplines, la chronobiologie et la chronopsychologie. La chronobiologie a pour domaine de recherche les rythmes biologiques ; la chronopsychologie a pour objet l’étude scientifique des variations périodiques des comportements humains. Il semble nécessaire de rappeler les principales données.

(...)

Éviter la semaine de quatre jours

En évitant la semaine dite de quatre jours : contrairement à ce que l’on laisse entendre, des travaux scientifiques ont bien été conduits, travaux qui ont permis de mettre en évidence que la semaine de quatre jours « secs » sans politique d’accompagnement péri et extrascolaire, accentue et allonge les effets perturbateurs du week-end. Habituellement ressentis par les enfants le lundi, ces effets perdurent chez certains jusqu’au mardi midi avec la semaine de quatre jours.

Il faut également souligner que si le volume horaire d’enseignement hebdomadaire demeure le même, la répartition de l’enseignement sur quatre jours engendre soit l’alourdissement de la journée scolaire, soit l’allongement d’un premier trimestre qui déjà n’en finit pas !

De plus, toujours à propos de la semaine de quatre jours, accorder une demi-journée supplémentaire de congé n’est pas profitable à tous les enfants. La libération du temps n’est pas forcément synonyme d’épanouissement, d’éveil et d’intégration. Au contraire ! Elle peut accentuer les différences. Certains profitent pleinement de la libération du temps parce que le milieu culturel les environnant le permet. D’autres, faute d’encadrement familial, faute d’une politique socioculturelle accessible à tous, subissent le temps libéré et ont plus de mal à rentrer dans la logique scolaire lorsqu’ils reviennent en classe (voir bibliographie référence 4).

Et comme dit plus haut, les recherches ont montré que l’application de la semaine de quatre jours « secs » non seulement génère une inversion de la rythmicité classique, signe de désynchronisation, mais qu’en plus, elle est accompagnée d’une réduction de la durée du sommeil nocturne et d’une baisse du niveau de performance (voir bibliographie référence 4).

Ainsi, par exemple, dans une étude conduite à Rennes en 2003 et 2004, j’ai pu déterminer et comparer les effets des aménagements en quatre jours et quatre jours et demis. Concernant les durées de sommeil, et les niveaux et variations journalières et hebdomadaires de la vigilance d’une manière générale, l’aménagement en quatre jours et demi est plus bénéfique aux enfants, notamment ceux du cycle élémentaire, que celui sur quatre jours. Ce bénéfice est visible sur les deux années d’évaluation et s’accentue avec l’âge. Il se traduit par des durées moyennes de sommeil régulières et supérieures, notamment au CM2 : en semaine de quatre jours ils dorment en moyenne 608 minutes par nuit et 646 en semaine de quatre jours et demi. Par ailleurs, si les niveaux de performance sont sensiblement les mêmes, en revanche les fluctuations sont plus classiques (ce qui signifie que les enfants fatiguent moins) lorsqu’ils sont en quatre jours et demi.

C’est seulement en tenant compte prioritairement des préconisations énumérées précédemment que les aménagements des temps scolaires, péri et extra scolaires pourraient être reconsidérés dans la concertation.

François Testu, Professeur émérite en Psychologie, Université de Tours, président de l’ORTEJ→http://www.ortej.org/

Billet complet à retrouver en cliquant ci-dessous

http://www.cahiers-pedagogiques.com/Sur-l-air-d-un-pas-en-avant-trois-pas-en-arriere

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