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Vivement l'Ecole!

Vous aimez Mélenchon? Lisez-le vraiment...

21 Avril 2017 , Rédigé par Slate Publié dans #Politique, #Melenchon

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EXTRAIT

Il faut lire et analyser le programme du candidat de la «France insoumise».

Voilà des semaines que je regarde la montée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et que je tourne en rond à la recherche d’arguments pour conjurer les (é)lecteurs de s’en détourner. Les attaques contre lui ne portent pas ou pire, elles se retournent en boomerang.

Dire par exemple qu’il tient exactement le même discours populiste que Marine Le Pen – «le peuple contre l’élite», ou plutôt «le peuple contre l'oligarchie» – ne trouble pas une seconde ses afficionados. Que les mesures économiques qu’il propose sont encore plus fortes que celles du parti communiste avant 1981 (en % de PIB), non plus. Pointer qu’il est devenu très ambigu sur l’immigration, ce qui est étrange pour un candidat d’extrême-gauche, ne marque pas. Son projet d’adhésion à l’ALBA, l’alliance bolivarienne d’Amérique latine alors qu’il veut «sortir des traités européens» est quand même un peu fort de café colombien, mais ses amis en rient. Son attirance pour les Chavez ne lui porte pas tort. Le PIB du Venezuela s’est effondré de 19% en 2016 et la chute devrait être de 6% en 2017, mais personne dans ses rangs ne doute que le modèle reste une inspiration.

(...)

(...) La faille de Jean-Luc Mélenchon, c’est son projet, les 83 réponses qu’il apporte. La seule attaque qui porte contre Jean-Luc Mélenchon, je l’ai finalement trouvée, elle vient de lui-même. Lisez-le. Ne vous contentez pas des principes, des effets de manche, des grandiloquences, lisez le détail. Regardez les mesures une à une. La lecture provoque tantôt une franche rigolade, tantôt elle fait froid dans le dos à toutes les pages. Rien n’est étudié, calculé, faisable. Une inégalité? «J’éradique». Un pouvoir? «J’abolis». Les droits? «J’en donne» autant que tu veux. Des fuites de capitaux ? «Je terrasse». Une guerre? «Je convoque l’ONU» pour faire la paix. Tout est énoncé comme un enfant d’Audiard qui ferait sa liste de Noël. «Il a des facilités qui tombent quelques fois dans le simplisme», a mis en garde François Hollande. Il dit vrai. Ah Hollande forcément, diront les «Insoumis». Le président sortant a raison: s’il-vous-plait lisez le texte.

Lisez encore

Tout est en effet ultra-simpliste. Chacun peut s’en rendre compte facilement. Je n’en prends que quelques exemples.

«Il faut qu’on rediscute de toutes les frontières issues de l’ancienne Union soviétique», écrit-il. Ouch! C’est donner un quitus bien rapide à l’expansionnisme de Vladimir Poutine. Surtout, la question des frontières en Europe, comme en Afrique ou dans la mer de Chine, a été, est et sera toujours le facteur des guerres. M. Mélenchon est bien léger et son initiative très dangereuse pour la paix.

En matière économique, le manque du «sérieux» qu’il s’attribue surgit à toutes les lignes. Par exemple, de prévoir de s’endetter encore («la dette n’est pas un problème») tout en préparant une renégociation de cette dette. Qui sera assez sot pour nous prêter en sachant qu’il ne sera pas remboursé? Ou bien encore, «en cas de chômage de longue durée, l'État doit proposer un emploi au chômeur en lien avec sa qualification, sur une mission d'intérêt général». Qui peut penser que l’emploi public pour tous c’est «du sérieux», comme dirait l’autre?

Lisez. Lisez ce qui est dit sur l’entreprise. «Accorder de nouveaux droits de contrôle aux comités d'entreprise sur les finances de leur entreprise. Instaurer le droit pour les salariés à un vote de défiance à l'égard des dirigeants d'entreprise ou des projets stratégiques.» Quel est le patron qui, passant au dessus de çà, va encore embaucher? Jean-Luc Mélenchon réquisitionnera-t-il toute l’économie?

 Chaque mesure est totalement, définitivement, absolument inapplicable. Mais le candidat l’a prévu, son programme est «cohérent» comme il le revendique. Et, en effet, les mesures s’emboîtent les unes dans les autres, elle ne sont (éventuellement) possibles qu’en imaginant une mise en œuvre générale et complète. Mais pour aboutir à une mise sous tutelle étatique très rapide de l’ensemble. Chaque mesure est sympathique mais impossible et elle n’est possible que dans un ensemble qui lui n’est pas du tout sympathique. Il nous promet l’ALBA, nous irons en Albanie.

M. Mélenchon promet la lune. Beau voyage, beau prospectus. Le péril est qu’il veut vraiment nous y emmener, tous entassés dans une vieille fusée idéologique bricolée. Lisez, vous en descendrez.

Eric Le Boucher

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