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Vivement l'Ecole!

Tartuffe ne vote pas libéral, il vote utile!...

2 Avril 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Politique, #Macron

Le spectacle des élus socialistes qui font part de leur choix de voter pour Emmanuel Macron dès le 1er tour de l’élection présidentielle s’étale dans la presse ou les réseaux sociaux quasi-quotidiennement, substituant au nécessaire débat démocratique sur les projets les petites nouvelles d’un mercato politique peu glorieux. Car enfin, même s’ils s’évertuent à faire « comme si » cette décision était aussi admissible pour un socialiste que le choix du candidat victorieux de la primaire et les autorisait, qui plus est, à rester membre du Parti Socialiste au même titre que celles et ceux qui font campagne pour Benoît Hamon, ils font là un choix tellement politiquement et éthiquement problématique qu’ils avancent masqués en présentant sous le trait d’un « vote utile »  ce vote libéral qu’ils ne sauraient voir car, bien entendu, « ils restent socialistes ».

Difficile, en effet, de justifier un tel choix au regard de la décision prise à l’unanimité par le Parti Socialiste d’une primaire citoyenne ouverte pour désigner celle ou celui qui nous représenterait à l’élection présidentielle, primaire à laquelle Emmanuel Macron n’a pas daigné participer. Les citoyens se sont prononcés très clairement pour Benoît Hamon au terme d’un scrutin dont personne n’a contesté la validité. Annoncer quelques jours ou quelques semaines après ce vote que l’on fait, finalement, le choix d’un autre candidat tout en ayant participé à la mise en œuvre de ce procédé, voire en ayant été candidat soi-même, n’est un gage ni de cohérence, ni de loyauté ni de clairvoyance. Certes, on peut toujours avoir une révélation soudaine et se lever un matin incapable d’appliquer des règles approuvées la veille. Mais comment admettre qu’un tel choix soit compatible avec le fait de rester membre d’un parti dont le candidat est Benoît Hamon tout en faisant campagne pour Emmanuel Macron et cela face à des socialistes, normalement engagés derrière leur candidat, même s’il ne fut pas leur choix initial lors de la primaire ?

Compliqué à justifier au regard des règles partisanes et de la désignation démocratique, un tel choix est également loin de la cohérence idéologique car si la gauche est plurielle -ce qui ne signifie pas en soi irréconciliable-, si le Parti Socialiste lui-même comprend divers courants et que l’on peut comprendre que la désignation d’un candidat ne corresponde pas à l’option souhaitée, Emmanuel Macron est sur un tout autre registre puisqu’il ne se situe plus dans un débat « gauche-droite ». Son programme est, en effet, ouvertement libéral ce qui, si les mots ont encore un sens, n’est pas vraiment un synonyme de  » socialiste ». Faire le choix de voter dès le 1er tour pour E. Macron, c’est ainsi contribuer à la mise en œuvre possible d’un programme qui entend diminuer 120.000 postes de fonctionnaires,  à la mise en péril les services publics locaux par la diminution de 10 milliards d’euros demandée aux collectivités, à la suspension du compte pénibilité, à l’introduction d’ une retraite par points, à la remise en cause des 35 heures par toujours plus de « flexibilité » , à la suppression de l’ISF pour les actionnaires, à la sanction des chômeurs qui refuseraient  deux offres d’emplois « décentes », etc.

Alors il faut bien trouver des justifications à ce qui remet en cause le sens de l’engagement politique, les conquêtes sociales obtenues par la gauche et la parole donnée car pour les citoyens qui se sont mobilisés pour participer à la primaire, pour les militants qui l’ont organisée et qui font campagne maintenant pour Benoît Hamon, un tel choix relève du mépris et ne peut qu’alimenter l’image désastreuse de politiques volatiles dans leurs convictions et souples dans leurs engagements jusqu’au grand écart.

La « revanche de la fronde » est alors parfois évoquée en occultant soigneusement le fait que si des parlementaires ont refusé de voter des textes proposés par l’exécutif, c’était parce que ces textes contrevenaient aux engagements pris devant les citoyens en 2012 ou allaient à l’encontre de nos principes les plus fondamentaux comme ce fut le cas avec la déchéance de nationalité. Il est vrai que le mépris de la parole donnée devant les citoyens semble être le cadet des soucis des nouveaux « frondeurs » macronistes.

Mais c’est l’argument si pratique du  « vote utile » qui est le plus fréquemment utilisé, substituant ainsi au retournement idéologique assumé une nécessité stratégique incontournable. Pour éviter la victoire du Front National, il n’y aurait donc pas d’autre choix raisonnable que de soutenir E. Macron dès le 1er tour. Le  « courage »  et la « responsabilité » imposeraient qu’à plusieurs semaines du scrutin, on ne mène pas campagne pour le candidat socialiste. Un vrai « crève coeur » en somme !

A plusieurs semaines du scrutin, une telle instrumentalisation des sondages qui tentent de mesurer l’état de l’opinion à un instant T pour mieux renoncer à voter pour un candidat socialiste relève, en réalité d’une prophétie souhaitée auto-réalisatrice. Que sera,en effet, le résultat du 23 avril sinon  la conséquence des actes de campagne ou de non-campagne ?

Au lieu de prophétiser un second tour où la gauche serait absente, il est toutefois possible de se battre pour que les conditions lui permettant d’être présente et victorieuse demain soient réunies. Aux militants et aux sympathisants socialistes et écologistes sincèrement déboussolés, je veux simplement dire que nous ne devons pas renoncer à ce qui fonde notre engagement pour l’égalité, la justice sociale, les services publics au nom d’une prophétie qui ne sera auto-réalisatrice que si nous y adhérons.
Faisons plutôt une campagne utile pour celles et ceux que nous devons défendre et pour les générations futures.

Vive la gauche !

Martine Chantecaille

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