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Vivement l'Ecole!

Romstorie: mémoire en défense des Roms, diffamés par le film «A bras ouverts»...

8 Avril 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Politique, #Cinéma

EXTRAIT

Si Chauveron et Clavier ont pu mettre des millions d’euros en jeu, parier sur la déréliction de ces parias, c’est qu’ils étaient certains que personne ne se lèverait pour défendre les Roms. Le scénario du film « A bras ouverts » est infusé de Houellebecq, de Camus*, de Dieudonné, travaillé par la hantise du grand remplacement. Venus de l’Inde, les Bronzés font du camping à Marne-la-Coquette.

Par Jacques Debot, écrivain tsigane  jdebot@orange.fr

On se demande à quoi peut bien servir ce film dont l’intrigue ne consiste qu’à éreinter les Roms pendant une heure et demie. On cherche en vain la finalité de ce scénario décousu, ce bréviaire du mépris, mal joué, mal interprété, et surtout complètement inutile. Plus personne ne défend les Roms. Alors pourquoi les accabler encore ?

Dans les bras de sa mère épuisée dort un bébé tsigane, sous le porche d’une rue de Paris, le sol est gelé, tout le monde s’en fout. Eté comme hiver, on jette les Roms à la rue. Les élus de droite comme de gauche, insensibles à l’immense détresse du peuple rom, notifient sans frémir des avis d’expulsion immédiate qu’entérinent les juges par défaut. La défense n’était pas représentée à l’audience.

Dans nos villes de France, qu’elles soient dirigées par les amis de Le Pen, Fillon, Hamon ou Mélenchon, la couleur politique des maires qui ont parrainé leur chère Marine, leur très cher François, leurs chers Benoit, Jean-Luc et les autres, n’a aucune incidence particulière sur le sort des Tsiganes européens. Partout ils sont poussés, culbutés comme des déchets. Leur cabane, leurs affaires, vêtements, papiers, photos de famille, médicaments, poupées, nounours et cartables, disparaissent, enterrées sous les chenilles du bulldozer. Le tank civil écrase tout, évacue cette merde sous l’œil de centaines de policiers en armes dont on aurait tant besoin ailleurs, mais qu’on a mobilisés pour ça.

Depuis 2010, depuis le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, la répression et le harcèlement se sont exercés avec une telle férocité, les élus des collectivités locales se sont montrés si impitoyables, qu’il est maintenant inutile de continuer à taper sur les Roms, laminés, anéantis. C’est fini, les dernières braises cachées sous la cendre ne réchauffent même plus le souvenir et l’illusion des grands feux communautaires.

Il faut arrêter de fantasmer sur l’extraordinaire résilience et les capacités de résistance hors du commun des Tsiganes qui crèvent dans l’indifférence générale, insultés, menacés quotidiennement sur les réseaux sociaux, sans que les tweets ou les pages Facebook appelant à leur extermination déclenchent la moindre réaction des pouvoirs publics ou des associations dites humanitaires. Ils sont seuls. Il est plus tard que tu n’espères.

Sur les ondes de France inter à la veille de Noël 2015 l’écrivain norvégien Jo Nesbo, invité par Kathleen Evin préconise l’éradication des Tsiganes, ces essaims de sauterelles. Aucune réaction du CSA. Plus récemment, sur les écrans de France 5, Patrick Cohen, qu’on a connu mieux inspiré, se moque ouvertement des Roms, ces envahisseurs. Le ministère de la Culture, autorité de tutelle ne bronche pas, n’entend pas, regarde ailleurs. Mme Audrey Azoulay, Ministre de la Culture, a signé en octobre 2016, il y a moins de six mois, une Charte « Culture - Gens du Voyage et Tsiganes de France ». En même temps, le CNC, Centre National du Cinéma et de l’image animée, placé sous son autorité, accorde les subventions demandées pour le tournage du film « A Bras ouverts »…

Dans ces paysages ravagés, la solitude des Roms n’est pas encore totale. Que les familles existent encore où soient dispersées, l’entraide familiale ou celle du groupe est renforcée, consolidée par l’intervention de particuliers bénévoles, parfois adossés à de très petites associations locales.

Si les Roms sont à ce point de perdition c’est aussi parce que les ONG, les grandes associations humanitaires d’envergure nationale ou internationale ne font strictement rien d’efficace en notre direction, refusant systématiquement de nous consulter, même de dialoguer avec nous.

Il faut mettre en regard les millions d’euros de subventions déployées par l’Europe et l’Etat en faveur de ces grandes associations depuis des années avec l’absence totale de résultats. Les millions servent à salarier les amis et les parents des conseils d’administration, à faire manger des universitaires un peu faiblards en panne de chaire, tous systématiquement non-roms, à éditer un fascicule tous les deux ans, à organiser des parlotes et mettre au point les éléments de langage destinés à faire comprendre aux autorités qu’à défaut d’amélioration quantifiable, grâce au maillage territorial de l’association et l’ouverture de nouvelles antennes, les Roms sont under control. Il conviendrait d’envisager une légère augmentation comprise entre 8 et 12% de la prime à l’échec, sollicitée par la structure pour l’année civile en cours. Je ne parle pas de la Roumanie, je parle de la France.

(...)

Jacques Debot, écrivain tsigane

Le billet complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

* Il s'agit ici évidemment de Renaud Camus, théoricien du "Grand Remplacement"...

Note du webmaster

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