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Vivement l'Ecole!

Phobie scolaire : pourquoi tant d'angoisse ? Rencontre avec Nicole Catheline...

29 Avril 2017 , Rédigé par Sciences Humaines Publié dans #Education

Résultat de recherche d'images pour "Les Phobies scolaires aujourd’hui. Un défi clinique et thérapeutique, Lavoisier/Médecine Sciences, 2016."

EXTRAIT

Les enfants « malades de l’école » seraient de plus en plus nombreux… Submergés par le stress et la peur, ils préfèrent rester à la maison plutôt que de poursuivre leur scolarité. Quels sont les mécanismes qui conduisent à la phobie scolaire ?

Comment définit-on la phobie scolaire ?

Personne ne s’entend sur ce qu’est la phobie scolaire, c’est un vrai méli-mélo… On met sous ce vocable des choses très diverses. Au sens strict, le terme « phobie » renvoie à la psychanalyse qui le définit comme le déplacement d’une crainte sur quelque chose d’autre. Mais maintenant, il est tombé dans le domaine courant et la phobie scolaire est assimilée au refus anxieux de l’école, ou encore au décrochage qui n’a pas grand-chose à voir (les décrocheurs sont selon l’Éducation nationale les jeunes de 16 ans sortis du système scolaire sans qualification ni diplôme). De manière générale, ce terme de phobie scolaire se rapporte aux enfants qui n’en peuvent plus de l’école, mais pour des raisons très variables. En l’espace de cinq ou six ans, j’ai vu leur nombre multiplié par trois lors de mes consultations. C’est donc vraisemblablement un phénomène lié à la société et aux structures scolaires.

Les causes de ce rejet s’expliquent-elles par les expériences vécues à l’école ?

C’est vrai pour une partie de ces jeunes pour qui la scolarité incarne l’objet de la difficulté. Certains d’entre eux sont déficitaires ou ont des troubles d’apprentissage spécifiques « dys » (dyslexie, dysphasie, dyscalculie…), détectés trop tardivement. Ils parviennent à compenser assez longtemps et se maintiennent au niveau, mais au bout d’un moment ils lâchent. D’autres enfants vivent une maltraitance pédagogique, du fait de méthodes qui ne leur conviennent pas. Certains encore entretiennent une relation au savoir compliqué, ou sont élevés dans des familles qui n’éprouvent pas un grand intérêt pour la connaissance. Ils perdent le sens des apprentissages et décrochent au bout d’un moment. Or, quand un enfant n’arrive plus à suivre, cela l’angoisse. Mais il faut décortiquer son anxiété pour se rendre compte si c’est l’école qui en est à l’origine. Des élèves peuvent aussi être victimes de harcèlement par des pairs ou de la part d’un enseignant. À leurs yeux, le seul moyen de ne plus être harcelés, c’est de ne plus aller à l’école.

À côté des difficultés liées à l’école, quelles sont les autres sources de phobie scolaire ?

Certains enfants ont des raisons personnelles de ne pas aller bien et transportent avec eux leurs problèmes. L’école sert de révélateur de leur fragilité, car elle appuie là où cela fait mal, en les obligeant à se socialiser et à se séparer. Un parent peut rencontrer une situation difficile et l’enfant se dit qu’il doit rester à la maison pour le protéger. Par exemple, la phobie scolaire peut commencer lorsque la mère ou le père tombe malade ou se retrouve au chômage.

D’autres parents sont « collés » à leur enfant et ne le préparent pas à la séparation. Ils ne le laissent pas aller au centre aéré ou dormir chez des personnes étrangères par exemple. L’enfant est privé de relations sociales, ce qui ne l’encourage pas à faire comme les autres. Il reste scotché aux adultes et ne développe pas de raisonnement personnel, ce qui a des conséquences sur sa réussite scolaire. S’il manque de pensée hypothético-déductive, il peut s’effondrer en classe de quatrième. Quant aux parents, ils sont « responsables, mais pas coupables », car ils sont eux-mêmes pris dans des histoires compliquées. Ils ont pu vivre des choses difficiles, voire traumatisantes, dont ils veulent protéger leurs enfants. Dans mes consultations, j’aborde souvent la dimension transgénérationnelle en recevant les grands-parents : ils m’apprennent parfois que les parents ont eux aussi vécu une phobie scolaire…

(...)

Propos recueillis par Diane Galbaud

Nicole Catheline            

Pédopsychiatre, elle a récemment publié Souffrances à l’école. Les repérer, les soulager, les prévenir, Albin Michel, 2016, et, avec Jean-Philippe Raynaud, Les Phobies scolaires aujourd’hui. Un défi clinique et thérapeutique, Lavoisier/Médecine Sciences, 2016.

L'entretien complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

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