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Vivement l'Ecole!

Ne pas renoncer à mettre l’élève au centre du système...

15 Avril 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

Ne pas renoncer à mettre l’élève au centre du système...

Mettre l’élève au centre du système n’a rien à voir avec la consécration de l’enfant-roi. Postuler l’éducabilité de chaque enfant/élève, ce n’est pas renoncer à la transmission de savoirs. Démonstration.

«  On a voulu «  mettre l’élève au centre  », lui faire «  construire son savoir  » et du coup, ils n’apprennent plus rien de solide et les inégalités se renforcent  ».

La légende voudrait que l’expression «  l’élève au centre  » soit apparue, dans les années 1980, sous la plume de «  pédagogistes  » notoires, adeptes de la «  non-directivité  » et partisans acharnés de «  l’enfant-roi  » ; reprise dans la loi d’Orientation de 1989 proposée par Lionel Jospin, elle marquerait l’abandon de toute exigence et soumettrait définitivement les enseignants aux caprices d’enfants désormais promus «  maîtres du monde  ». Hélas – heureusement, plutôt ! –, il n’en est rien.

«  C’est [l’enfant] votre plus sûr auxiliaire, votre collaborateur le plus efficace. Faites en sorte qu’il ne subisse pas l’instruction, mais qu’il y prenne une part active et vous aurez résolu le problème. Au lieu d’avoir à le faire avancer malgré lui en le traînant par la main, vous le verrez marcher joyeusement avec vous.  »

Ferdinand Buisson, août 1878, devant les instituteurs délégués à l’Exposition universelle de Paris.

L’expression ne figure même pas dans la loi de 1989 (mais dans un rapport annexé) et elle est bien plus ancienne. En effet, la formule «  l’école centrée sur l’élève  » émane d’un mathématicien allemand, directeur d’École normale, député au Parlement de Prusse, Adolf Diesterweg (1790-1866) et fut reprise en 1892 par Octave Gréard (1828-1904), collaborateur de Jules Ferry, ancien élève de l’École normale supérieure, membre de l’Académie française et promoteur infatigable d’un enseignement culturel exigeant en faveur des filles, jusqu’alors écartées du lycée. Et Jean Zay lui-même, ministre de l’Éducation nationale du Front populaire, assassiné à la fin de la deuxième guerre mondiale par la milice, signera, dans le Journal officiel du 9 octobre 1938, un texte qui se termine par ces mots : «  Vers l’élève, centre commun, tous les efforts ne doivent-ils pas converger ?  »

Oui, l’enseignement doit aider l’élève à apprendre !

C’est que cette formule n’a rien de scandaleux, bien au contraire. D’abord parce qu’elle évoque «  l’élève  » et non pas «  l’enfant  ». «  L’élève  », ce n’est pas «  l’enfant  », tel qu’il est parfois représenté dans l’imaginaire collectif : doux, gentil, curieux, spontanément créateur et collaborant amicalement avec tous ses semblables, sous le regard admiratif d’adultes spectateurs. «  L’élève  », c’est l’enfant confronté à des apprentissages qui lui sont imposés (les programmes) dans un cadre structuré (l’École) obéissant à des principes rigoureux : l’exigence de précision, de justesse et de vérité doit toujours l’emporter sur la loi du plus fort et sur tous les phénomènes d’emprise. «  L’élève  », c’est celui que l’on «  élève  »… ou, plus exactement, que l’on aide à s’élever.

Car, là est bien l’un des enjeux majeurs de la pédagogie, là où elle rompt radicalement avec la pensée magique : «  l’instruction est obligatoire, mais l’apprentissage ne se décrète pas  ». Nul ne peut apprendre à nager à la place de quiconque, pas plus que nul ne peut décider de prendre la parole à la place de quiconque devant un groupe, de se lancer dans l’écriture d’un poème, de s’engager dans la résolution d’un problème de mathématiques ou de partir en forêt, seul, avec une carte et une boussole. Apprendre, comme le notait déjà Aristote dans l’Éthique à Nicomaque, c’est «  faire quelque chose qu’on ne sait pas faire pour apprendre à le faire  ». Et apprendre, comme l’expliquent bien Vladimir Jankélévitch ou Michel Serres, c’est «  se jeter à l’eau  », s’engager, quitter ses certitudes et ses habitudes pour prendre le risque de l’inconnu. Or, voilà justement quelque chose que seul un sujet peut faire. Qu’il est le seul à pouvoir faire, mais qu’il ne peut pas faire seul !

(...)

Philippe Meirieu, Professeur émérite des universités en sciences de l’éducation

Ce qu’en dit Émile Durkheim

«  Il y a, tout d’abord, un vieux préjugé français qui frappe d’une sorte de discrédit la pédagogie d’une manière générale. Elle apparaît comme un mode très inférieur de spéculation. Par suite de je ne sais quelle contradiction, alors que les systèmes politiques nous intéressent, que nous les discutons avec passion, les systèmes d’éducation nous laissent assez indifférents, ou même nous inspirent un éloignement instinctif. (…) Je ne m’arrêterai pas à montrer combien cette espèce d’indifférence et de défiance est injustifiée. Il y a des vérités sur lesquelles on ne saurait indéfiniment revenir. La pédagogie n’est autre chose que la réflexion appliquée aussi méthodiquement que possible aux choses de l’éducation. Comment donc est-il possible qu’il y ait un mode quelconque de l’activité humaine qui puisse se passer de réflexion ? Aujourd’hui, il n’y a pas de sphère de l’action où la science, la théorie, c’est-à-dire la réflexion ne vienne de plus en plus pénétrer la pratique et l’éclairer. Pourquoi l’activité de l’éducation ferait-elle exception ?  ».

L’évolution pédagogique en France, cours donné en 1904.

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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