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Vivement l'Ecole!

Sur le programme du parti « Les républicains » sur l’école...

2 Mars 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Politique

Sur le programme du parti « Les républicains » sur l’école...

EXTRAITS

Sur le programme du parti « Les républicains » sur l’école

En ces temps électoraux incertains et inédits, où les paroles s’envolent et les écrits restent, il peut être bon d’en revenir aux programmes et aux projets des candidats ou des partis qui les présentent. Voici l’analyse du projet du parti Les Républicains faite en juillet 2016 par Denis Meuret, qui nous autorise à la publier.

Il y a, dans le document d’orientation Éducation et Enseignement supérieur publié par le parti « Les Républicains » suite à sa journée de travail du 6 avril 2016, des idées auxquelles la recherche en éducation incite plutôt à souscrire. Un économiste de l’éducation, habitué à observer une corrélation faible ou nulle entre dépenses pour l’école et résultats des élèves, partagera sans doute le jugement de la Cour des comptes cité dans le programme selon lequel le problème de l’école française est moins le manque de moyens que leur mauvaise utilisation.

Il est par ailleurs exact que des travaux rigoureux montrent l’efficacité de la pédagogie explicite, d’un enseignement structuré, d’une mesure régulière des progrès des élèves, les vertus de la répétition, même si l’on peut douter fortement de ce que la « pédagogie traditionnelle » ait été explicite. En revanche, il va de soi que reconnaître les vertus de la pédagogie explicite pour l’enseignement des disciplines n’empêche en rien d’approuver les enseignements pratiques interdisciplinaire, que ce document rejette fortement, puisque leur vertu est d’apprendre à utiliser les connaissances acquises dans plusieurs disciplines pour traiter des problèmes réels.

D’autres politiques proposées sont déjà pratiquées dans certains pays étrangers avec des résultats plutôt positifs et il n’est pas aberrant de vouloir les essayer, pourvu qu’on les évalue et qu’on les réoriente en fonction des résultats obtenus, la recherche montrant qu’en la matière, le diable est dans les détails. Ainsi d’une autonomie encadrée des établissements scolaires, de l’existence d’écoles « libres de leurs moyens, comptables de leurs résultats », inspirées des Charter Schools états-uniennes, d’une gouvernance « de proximité et de responsabilité ».

Mérite et excellence

Cependant, ce programme contient aussi plusieurs orientations que les résultats de la recherche conduisent à tenir pour dangereuses pour notre école et pour notre pays. La première est que, selon le diagnostic LR, le problème de l’école française est qu’elle décourage l’excellence, qu’elle ne reconnait pas assez le mérite. Cette position soulève deux types de problèmes.

Le premier est que, non, le rôle de l’école n’est pas la tâche morale de récompenser le mérite ou l’effort. Il est de faire en sorte que les élèves apprennent le mieux possible. Lorsque l’école se soucie des moyens (l’effort, le respect de l’autorité) au lieu de se soucier des résultats, elle manque à la promesse implicite faite à chaque élève que les efforts qu’on lui demandera seront au service de ses apprentissages et, au-delà, de sa vie. Il est immoral, il est incivique, de valoriser l’effort pour lui-même, le respect de l’autorité pour lui-même. Le second est que cette position procède d’un diagnostic erroné. Le problème de l’école française, ce n’est pas celui de ses meilleurs élèves, c’est celui de ses élèves les plus faibles. C’est celui de ses élèves les plus défavorisés. Les plus faibles : le programme diagnostique « un net recul en maths chez les bons élèves et les plus faibles ».

Je ne sais à quelle définition des « bons élèves » et à quelle évaluation se réfère ce diagnostic mais ce n’est surement pas PISA.

(...)

Préapprentissage et passéisme

La troisième politique est le préapprentissage dès la troisième. Cette politique avait été développée par le ministre Gilles de Robien, puis supprimée au début de la présidence de Nicolas Sarkozy. Que l’on mette à part certains élèves qui nuisent de façon durable à l’apprentissage des autres, cela se conçoit. En revanche, la faiblesse scolaire ne peut être un motif d’exclusion : c’est à l’école de faire ce qu’il faut pour conserver les élèves et les mobiliser jusqu’à ce qu’ils aient les compétences minimales pour vivre et travailler dans cette société. C’est le sens du socle commun de connaissances et de compétences.

La troisième orientation dangereuse est le passéisme. Oui, l’école doit transmettre un héritage, mais celui qu’elle doit transmettre est celui qui est utile pour affronter l’avenir. Personne ne propose de transmettre l’héritage de la collaboration pétainiste, parce que cet héritage-là encombre plus qu’il n’aide. Transmettre un héritage suppose donc de choisir dans le passé de ce pays et dans les connaissances acquises par l’humanité ce qui paraît le plus bénéfique pour la suite. Cela suppose qu’on ait une certaine idée de l’avenir et de la façon dont l’école doit y préparer. Encore une fois, des divergences à cet égard entre gauche et droite seraient légitimes, mais qu’un programme pour l’école ne comporte pas la moindre mention de cet avenir, ne recèle pas la moindre trace d’un certain enthousiasme à le préparer, cela est très étrange.

Denis Meuret, Professeur émérite en sciences de l’éducation, membre honoraire de l’Institut universitaire de France (2008-2013).

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A lire également, notre série d’antidotes, remèdes aux mensonges et autres idées reçues.

Plus indigent que sinistre ou plus sinistre qu’indigent ?
Le programme du FN sur l’école vu par Jean-Michel Zakhartchouk

Le billet complet est à retrouver ci-dessous

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