Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Qu’est-ce qui ne va pas avec l’arabe à l’école?...

9 Mars 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Arabe

Résultat de recherche d'images pour "langue arabe"

L’enseignement de la langue arabe en France a fait l’objet d’une vive polémique au printemps 2016. Il n’y a pourtant rien de nouveau à cet enseignement, très ancien en France. Sur cette question, il semblerait bien que les peurs l’emportent sur les mensonges.

«  Vous introduisez officiellement l’étude de la langue arabe dans le programme national (…) Ne croyez vous pas que l’introduction des langues communautaires dans les programmes scolaires encouragera le communautarisme qui mine la cohésion nationale ?  » Annie Genevard, députée LR du Doubs, question à la ministre de l’Éducation nationale, 25 mai 2016.

L’arabe n’est pas une langue étrangère comme une autre. C’est la langue des Maghrébins de France (du moins une de leurs langues, il y a aussi les berbères). Et c’est la langue de l’islam. Les Maghrébins incarnent la survivance sur le territoire français de l’échec colonial. S’ils sont là, c’est par ce que nous sommes allés au Maghreb en conquérants, et que les échanges matériels et humains se sont multipliés pendant des décennies entre l’Hexagone et son vis-à-vis sud méditerranéen : les routes migratoires suivent en l’occurrence des routes tracées bien avant pour tout autre chose.

Certes, pas besoin de passé colonial ni de proximité directe pour que les migrations affluent. Nous n’avons pas colonisé la Chine. Mais les Maghrébins incarnent la dimension proprement postcoloniale de la France du XXIe siècle : le temps où la Méditerranée traversait la France. C’est bien parce que quelque chose du statut d’«  indigène  » demeure sur eux que le sociologue Abdelmalek Sayad, ami de Bourdieu, pouvait déclarer que «  l’Algérien  » était «  le plus immigré des immigrés  », le parangon de l’immigré, celui auquel l’entrée dans la communauté des citoyens est refusée plus facilement qu’accordée, même si le droit proclame l’égalité des individus.

«  N’en déplaise aux députés à courte vue, la langue arabe ne fait pas son entrée à l’école de la République avec Najat Vallaud-Belkacem : l’agrégation a été créée en 1906 par un décret d’Aristide Briand. Et la première institution à proposer des cours d’arabe fut… en 1530 le Collège des lecteurs royaux, ancêtre du Collège de France.  »

«  Deux cent ans d’arabe à l’école  », Juliette Rigondet, L’Histoire, octobre 2016.

Quant à l’islam, que dire ? On sait bien que le principe de laïcité garantit à tout un chacun une pleine liberté de conscience, impliquant la liberté de pratiquer et de manifester sa religion «  individuellement et collectivement, en privé et en public  », sans «  autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui  », selon les termes de la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 – et celle-ci s’impose à nous non pas d’une façon théorique mais dans les faits, puisqu’elle est contrôlée par la Cour européenne des droits de l’homme devant laquelle les plaintes arrivent le cas échéant.

Dans les faits, l’islam et ses pratiquants suscitent la peur. Le contexte international y est pour quelque chose, mais aussi le rapprochement passionné que font les médias français entre les abominations du djihadisme violent et les mœurs des musulmans en France. Le djihadisme violent a fait des centaines de morts à Madrid bien avant Paris et Nice, les Espagnols ne s’en sont pas pris aux façons de vivre des musulmans. En France, il alimente un sursaut d’assimilationnisme. On demande aux musulmans de disparaître de la vue.

Dans ce contexte, impossible de faire des propositions sur l’enseignement de l’arabe à l’école sans avoir, explicitement ou non, une position normative sur des questions clivantes telles que l’intégration ou l’assimilation, la pluralité culturelle ou le communautarisme, la laïcité et l’islam, la délinquance dans les quartiers, etc. Avoir un enseignement d’arabe à l’école est une situation dont les dimensions politiques au sens le plus viscéral du terme risquent à tout moment d’apparaître au grand jour et d’entraîner le conflit, jusqu’au sein de la salle des professeurs.

(...)

Françoise Lorcerie

Directrice de recherches au CNRS (IREMAM), Aix-en-Provence

A lire également :

«  Ma crainte, c’est que l’école se referme » Entretien avec Marie-Rose Moro
Pourquoi l’arabe ? Par Nancy Maury-Lascoux

Ce qu’en dit Rachida Dumas, IA-IPR d’arabe

«  L’enseignement de l’arabe est porteur en France d’une tradition orientaliste qui compte des noms prestigieux comme Sylvestre de Sacy, Louis Massignon, André Miquel, etc. Aujourd’hui, l’enseignement de l’arabe vit un paradoxe : dans l’enseignement primaire et secondaire, il souffre malheureusement d’une image dévalorisée de stéréotypes marquée par l’histoire coloniale et par une représentation identitaire : pour apprendre l’arabe, il faudrait être d’origine arabe et l’enseignement de cette langue ne peut avoir de place que dans des quartiers défavorisés ! Tandis que l’enseignement supérieur met en avant les débouchés professionnels importants dans de nombreux secteurs économiques, diplomatique, etc.  »

«  L’enseignement de l’arabe dans le système éducatif français  », n° 534 des Cahiers pédagogiques, janvier 2017.

Le billet complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

Partager cet article

Repost 0