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Vivement l'Ecole!

France: une jeunesse à laquelle on refuse encore un régime de citoyenneté...

12 Mars 2017 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Education, #Jeunesse

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EXTRAITS

(...)

un régime de citoyenneté refusée

Sur le plan de la citoyenneté sociale, des obligations alimentaires pour les parents envers leur enfant majeur sont établies par le Code civil français (articles 203 et 371-2), tant que l’enfant n’est pas indépendant économiquement, qu’il soit scolarisé ou dans le besoin (Sayn, 2005). Tant que l’enfant poursuit ses études, cette obligation est particulièrement forte puisqu’elle comprend aussi la prise en charge par les parents des coûts d’éducation : il s’agit de l’ « obligation d’entretien ». De plus, les limites d’âge pour accéder aux prestations sociales sont relativement tardives : 20 ans pour les allocations familiales, 21 ans pour la demi-part supplémentaire au titre de l’impôt sur le revenu (25 ans si l’enfant fait des études supérieures), 25 ans pour pouvoir bénéficier du revenu minimum.

Cette familialisation se repère également dans les aides aux étudiants. Selon la tripartition du cycle de vie, il faut être scolarisé pour être considéré comme un enfant. Non seulement plusieurs aides fiscales sont disponibles pour les parents ayant un enfant majeur dans l’enseignement supérieur (on peut aussi mentionner la réduction d’impôt forfaitaire pour frais de scolarité), mais les bourses délivrées aux étudiants dépendent du revenu du parents, selon le « principe de l’aide aux familles ». Et cela a des conséquences sur la couverture des bourses : environ 30 % des étudiants de premier cycle reçoivent une bourse, contre souvent plus de 80 % dans les pays où l’aide est individualisée, comme la Suède ou le Danemark. Seules les allocations-logement (allocation de logement sociale et aide personnalisée au logement) contrebalancent quelque peu cette familialisation puisqu’elles sont ouvertes à tous les individus à partir de 18 ans, y compris les étudiants (Van de Velde, 2008), ce qui va dans le sens de l’individualisation.

À la citoyenneté sociale familialisée, s’ajoute un accès à la citoyenneté économique retardé, et surtout fragmenté. En effet, le système éducatif français se distingue par sa logique élitiste (Baudelot et Establet, 2009), qui est à l’origine de fortes inégalités scolaires entre les jeunes ainsi que des taux de décrochage scolaire importants. Et ce sont ces jeunes peu qualifiés, qu’on appelle parfois les « décrocheurs », qui se retrouvent ensuite en difficulté sur le marché du travail (Cahuc et al., 2011).

L’intervention de l’État social pour aider ces jeunes à obtenir un emploi, la « politique d’insertion professionnelle des jeunes », s’est concentrée sur la demande de travail, notamment en développant des emplois atypiques, dans les secteurs marchand et non-marchand. Depuis les Pactes pour l’emploi de 1977, l’État a notamment multiplié les exonérations de contributions sociales pour les entreprises qui embauchent des jeunes (Aeberhardt, Crusson et Pommier, 2011) puis, à partir des années 1990, a promu des emplois aidés, surtout dans le secteur public et parapublic (Lefresne, 2012), des « emplois jeunes » aux « emplois d’avenir » actuels. On aboutit ainsi à une dualisation du marché du travail, dont les jeunes – et surtout les jeunes peu qualifiés – sont les premières victimes. Certes, la formation professionnelle représente une part importante de cette politique d’insertion, notamment via l’apprentissage, mais elle bénéficie de plus en plus non pas à ces jeunes peu qualifiés en difficulté sur le marché du travail, mais aux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur (Sanchez, 2012). Autrement dit, elle ne vient pas donner une deuxième chance aux jeunes en difficulté, mais renforcer les inégalités scolaires produites par le système éducatif.

La citoyenneté socioéconomique des jeunes en France est donc largement refusée. Refusée, car ils ne peuvent pas accéder à la plupart des aides publiques en leur nom propre, étant considérés comme des « mineurs sociaux ». Refusée, car le fort élitisme du système de formation barre l’accès de nombre d’entre eux aux compétences qui leur permettraient ensuite d’exercer un emploi de qualité. Refusée, car dans cette logique les deuxièmes chances restent rares.

(...)

Les jeunes Français se voient donc refuser une pleine citoyenneté socioéconomique, en raison de la familialisation de l’accès aux aides publiques et des fortes inégalités de compétences produites par le système éducatif et les politiques de l’emploi. Le quinquennat de François Hollande a tenté d’infléchir ce phénomène par un certain nombre de réformes favorables à une citoyenneté plus habilitante. Toutefois, cette tentative de changement de régime demeure à la fois inachevée et fragile, dans la mesure où les conditions institutionnelles et économiques d’une telle citoyenneté font défaut en France.

Tom Chevalier

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