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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Pierre Jourde...

2 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Depuis  que  l’autoroute  existe,  la  complexité  du  parcours  n’a  guère  diminué.  Au  néophyte,  on  doit  fournir  des explications détaillées et des plans, car on va de ramification en ramification, avec cette circonstance aggravante qu’on emprunte toujours la branche secondaire, la moins évidente, la plus étroite, celle qui monte. 

L’autoroute quittée, il faut traverser un plateau, descendre en lacets dans une vallée étroite, serrée entre des falaises basaltiques. Là, on rejoint la nationale. On la quitte presque tout de suite, en franchissant un pont de pierre, pour prendre la direction d’une bourgade écartée de deux kilomètres de l’axe principal. Mais on ne va pas jusque là, on bifurque à nouveau très vite pour aller vers un autre village, plus petit. On longe une vallée de prairies et de vergers entre des montagnes couvertes de petits chênes presque estompés d’usure. Jusqu’à une date très récente, rien n’y changeait, d’année en année. L’inanité des cantonniers était proverbiale.

On dépassait aux mêmes endroits les mêmes chantiers déserts, les travailleurs tentant encore d’apaiser leur soif  inapaisable.  Un  trou  dans  la  chaussée,  soigneusement  entouré  de  banderoles,  devenait  un  accident  naturel,  une  part  inaltérable  du  paysage.  Depuis  peu,  comme  partout  ailleurs,  une  rage  de  travaux  a  saisi  les maires, les routes ne cessent de s’élargir, on en ouvre de nouvelles, on bitume les pistes. Les bulldozers passent partout, transforment les chemins creux en fondrières, arrachent en quelques minutes les vieux murs patiemment édifiés. Pourtant, dans la vallée, un autre temps se conserve, comme une ombre dans les creux. Les ponts de pierre et les pommiers rabougris maintiennent le paysage dans une désuétude paresseuse. Eux-mêmes se retiennent, se tassent. La croissance figée dans leur masse noueuse s’est muée en retours tortueux sur soi.    

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