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Vivement l'Ecole!

Au Maroc, les professeurs de philosophie mobilisés contre des manuels d’éducation islamique...

2 Mars 2017 , Rédigé par La Croix Publié dans #Education, #Philosophie

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Ils critiquent les nouveaux manuels d’éducation islamique qui dénigrent, selon eux, la philosophie.

Le ministère assure qu’ils permettent, au contraire, un débat sur l’islam et la philosophie.

Cela fait plus de deux mois qu’Abdelkarim Safir réclame, avec une partie de ses collègues, le retrait des manuels d’éducation islamique de l’éditeur Al Manar des écoles publiques du pays. « Ces manuels sont écrits d’une manière idéologique. Ils visent à intimider les élèves et à les empêcher de réfléchir, de s’épanouir », estime le secrétaire national de l’association marocaine des enseignants de philosophie.

Les professeurs évoquent un passage où le manuel cite le théologien du XIIIe siècle Ibn Salah Ach Chahrazouri, qui décrit la philosophie comme une « dépravation » contraire à l’islam. Pour Abdelkarim Safir, « les trois manuels d’Al Manar inculquent un islam wahhabite », en référence à la version rigoriste de l’islam promue par l’Arabie saoudite. « Une autre édition utilisée par les écoles publiques ne pose d’ailleurs, elle, pas de problème », relève-t-il.

Les professeurs ont commencé par organiser des sit-in fin du 21 au 23 décembre derniers et maintiennent, depuis, la pression sur le ministère.

Abdelkarim Safir affirme qu’ils n’ont jamais été reçus et qu’il n’a pas obtenu de réponse à leurs messages. Le ministère a publié un communiqué début janvier expliquant qu’il ne retirerait pas les manuels, puis le premier ministre Abdelilah Benkirane a apporté son soutien au ministre.

Une pédagogie censée développer l’esprit critique

Ces manuels, publiés au début de l’année scolaire, sont les supports du nouveau programme d’éducation islamique, appliqué pour la première fois cette année. Il a été élaboré en quelques mois à la suite de la déclaration de Marrakech sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, et sur instruction du roi Mohammed VI.

L’objectif est d’abandonner l’apprentissage par cœur, sourate après sourate, et de consacrer les cours à une thématique. Une pédagogie qui est censée développer l’esprit critique.

Le Maroc prévoit des cours de philosophie pendant les trois dernières années du lycée. C’est un des rares pays arabes à prévoir cet enseignement, qui s’est maintenu depuis la fin du protectorat français en 1956. Après avoir été malmené sous le règne de Hassan II, qui a privilégié l’arabisation et la théologie islamique, l’enseignement de la philosophie connaît un second souffle depuis l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI en 1999.

Pour Fouad Chafiqi, directeur des programmes au ministère de l’éducation nationale, les nouveaux manuels respectent l’esprit de ces nouveaux programmes. « L’extrait d’Ibn Salah Achahzouri est un avis présenté pour discussion. Ce n’est l’avis ni du ministère, ni de l’éditeur. Une autre citation est, elle, favorable à la réconciliation de la foi et de la raison. Les deux extraits ont pour objectif de provoquer un débat au sein de la classe. »

Rémy Pigaglio, à Casablanca (Maroc)

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