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Vivement l'Ecole!

Une histoire singulière... Par Claude Lelièvre...

28 Février 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Résultat de recherche d'images pour "najat vallaud belkacem"

http://www.voici.fr/bios-people/najat-vallaud-belkacem

Ecrite à la première personne, cette histoire est celle de la première femme nommée ministre de l'Education nationale, une fille d'ouvrier, de famille marocaine musulmane.

Dans ce livre, Najat Vallaud-Belkacem ne dit pas grand chose de son expérience personnelle d'un certain sexisme ambiant, préférant parler de son ministère aux Droits des femmes, prélude à sa nomination à la tête du ministère de l'Education nationale. Une première.

En revanche, elle est nettement plus prolixe sur sa trajectoire sociale qui fait d'elle – et de loin – le ( la?) ministre de l'Education nationale à l'origine sociale la plus modeste Extraits

« Parfois, il m'est arrivé de ne me sentir à ma place nulle part. Parfois, il y a eu des repas de famille où mon opinion a été celle de l'élite, des puissants. Des repas au cours desquels les miens m'ont dit : ''On ne te comprend plus. Tu es une parisienne maintenant''. Et inversement , il m'est arrivé de me sentir en profond décalage auprès de mes camarades de Sciences Po […]. Parce que je travaillais jusqu'à plus soif, trop convaincue que je devais redoubler d'efforts pour prouver que j'étais bien à ma place. Oui, parfois, vous enragez de sentir votre parcours vous rattraper à coups de lacunes dans une culture et des codes qui ne sont pas exclusivement scolaires [… ]. De voir à quel point certains estiment, au contraire, être toujours à ''leur'' place [....]. Quoi qu'il arrive, ne vous excusez jamais ! Ne vous excusez jamais d'être là où vous êtes arrivés. Ne vous excusez jamais de vouloir aller plus loin et toujours plus haut. L'ambition est la richesse des pauvres. Et restez fidèles à ce que vous êtes  » (pages 105-106).

Najat Vallaud-Belkacem ajoute et conclut : « Longtemps je me suis trompée en cherchant à me fondre dans le moule, à me cacher le mieux possible, à être presque sans histoire personnelle. Maintenant je sais : si la diversité fait silence et ne se raconte jamais, comment y croire encore ? Comment se comprendre, regarder dans la même direction, construire un avenir commun, rêver ensemble ? » (« La vie a beaucoup plus d'imagination que toi », éditions Grasset,. page 107)

Najat Vallaud-Belkacem (et les éditions Grasset) comprendront sans doute que je livre ici un troisième (et encore plus long) extrait de ce livre, en avant-première, dans un journal tel que « Médiapart » (qui s'est honoré en soutenant fermement une laïcité non dévoyée et non instrumentalisée).

« Je n'ai pu m'empêcher d'interroger l'islam. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment ne pas défaillir d'une douleur redoublée, ce matin du 7 janvier 2015, en entendant ces mots empoisonnés des assassins de ''Charlie'' : ''On a vengé Mahomet '' ? Comment ne pas se sentir salie, ravagée, trahie, honteuse malgré soi, quand on a grandi dans cette foi ? Comment ne pas sentir aussi la morsure des regards soudain suspicieux, inquisiteurs, parfois réels, parfois fantasmés, et les imaginer plus pesants encore sur les anonymes musulmans, véritables ou supposés, dans la rue, dans le bus, au travail...Bien sûr qu'on interroge l'islam . Même si j'ai rappelé ce que pouvait être la pratique pieuse, rurale, de mes parents, oui, je partage les préoccupations de ceux qui s'inquiètent à la fois de le ''sainte ignorance'' qui entoure souvent cette religion et en même temps, du développement d'un islam rigoriste, fondamentaliste qui rejette, qui fracture. Oui, il y a une nécessité que l'islam et ses responsables combattent en leur sein le cancer obscurantiste.

Mais cela n'a rien à voir avec l'injonction qui a pu être faite aux musulmans de se désolidariser des terroristes. Cette injonction est scandaleuse. Parce qu'elle suppose une complaisance généralisée. Alors que c'est l'inverse : la révulsion des musulmans pour les attentats doit être un levier, non pas de stigmatisation, mais de mobilisation du pays, de tout le pays soudé autour de ces valeurs que les terroristes abhorrent, comme ils abhorrent les ''nouveaux Français'' que nous sommes, parce que nous en sommes les premiers promoteurs, nous qui les avons choisies. Les lieux ciblés par les terroristes, vivants, animés, fraternels, brassant juifs, chrétiens, musulmans, athées, d'ici et d'ailleurs, joyeusement mélangés sur les terrasses des cafés comme sur la promenade des Anglais, ne laissent pas place au doute sur ce sujet .

Je sais bien que les questions sont là. Je sais bien que l'anxiété, les déchirures, les deuils et les peurs ne sont pas propices à la réflexion distanciée. Je sais bien qu'il flotte comme un air vaguement empoisonné, alimenté par des discours toxiques. Après l'attentat de Nice, et ses 86 morts, j'ai été stupéfaite de regarder cette vidéo de Marion Maréchal-Le Pen, qui parle de guerre mondiale, explique que ''tout ça'' c'est ''le regroupement familial'' et le fait des ''Français de papier''. Expression affreuse : je serais Française de papier ? D'une pure catégorie administrative, provisoire et qu'on puisse froisser ? Mon visage serait celui d'une Marocaine, et je n'aurais de français ''que les papiers'' ? A quand les lois de dénaturalisation ? » (pages 86 et 87).

Claude Lelièvre

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