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Vivement l'Ecole!

Mixité à l'école: «La fuite vers le privé est certes une réalité, mais il faut la pondérer»...

14 Février 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Mixité

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Etienne Butzbach, coordinateur du réseau «mixité» au sein du Cnesco, suit depuis un an et demi des politiques publiques menées localement. Pour lui, rien ne peut aboutir sans l'acceptation des parents.

(...)

Vous suivez sept expérimentations menées en métropole, les projets se ressemblent-ils les uns les autres ?

Les situations sont assez variées d’un territoire à l’autre. A Nancy, la démarche de concertation est assez exemplaire ; à Clermont-Ferrand, la rectrice joue un rôle moteur déterminant. A Nîmes, trois universitaires sont associés à la réflexion depuis trois ans… Les outils utilisés sont différents d’un territoire à l’autre, certains jouent sur la carte de formation pour rendre un collège ségrégué plus attractif par exemple. Toulouse mène certainement la politique la plus ambitieuse, en activant plusieurs leviers à la fois.

A Toulouse deux collèges ghettoïsés des quartiers pauvres vont être fermés pour les reconstruire plus loin dans quelques années. Le temps des travaux, les élèves seront envoyés par bus dans les collèges des beaux quartiers. N’est-ce pas le retour du «busing», une mesure défendue à l’époque de Nicolas Sarkozy par Fadela Amara ?

Ce n’est pas du simple «busing», non. Le projet toulousain est beaucoup plus large et ambitieux. A mon sens, sur un sujet aussi sensible que la mixité, il y a plusieurs points cruciaux qui doivent être pris en compte pour qu’une politique publique fonctionne. Et c’est, me semble-t-il, le cas à Toulouse. D’abord, les parents. Il faut absolument les associer à la démarche, y compris ceux qui sont les plus éloignés de l’école. Les parents doivent être au cœur de la politique éducative. A Toulouse, une vraie politique de concertation locale a été menée, avec un grand nombre de réunions publiques pour associer les parents.

Autre public décisif, parfois oublié dans les expériences passées : les professeurs. On ne peut pas mener une politique de mixité sans les enseignants. C’est un point central, qui nécessite un vrai travail en amont car les enseignants ne sont pas forcément préparés pour gérer les conséquences de la mixité. Enseigner dans une classe où les élèves ont des niveaux scolaires très différents est plus difficile [la prochaine conférence du Cnesco porte sur la différenciation pédagogique, ndlr].

Enfin, il faut arriver à faire travailler de concert les différentes institutions publiques qui se partagent les compétences en matière éducative. Avec les vagues de décentralisation, les compétences sont partagées entre les collectivités (la municipalité pour les écoles, le département pour le collège) et les rectorats, services déconcentrés de l’Etat. Cela nécessite de savoir coconstruire une politique publique.

Le secteur multicollège, possibilité désormais prévue par les textes, permet au département, seul compétent pour la sectorisation (telle rue dépend de tel collège), de définir une zone plus large englobant deux ou trois collèges. Et ainsi (re)donner la main au rectorat chargé de répartir les élèves dans les établissements. N’est-ce pas une façon de simplifier l’action publique ?

On présente le secteur multicollège comme la solution magique. Pour moi, elle ne l’est pas. C’est un leurre pour les parents : on leur fait croire qu’ils peuvent choisir l’un ou l’autre des collèges de la zone élargie, mais en réalité, c’est une illusion, puisque l’idée est de mélanger les élèves pour avoir de la mixité. Cela ne peut pas fonctionner pour la raison que j’évoquais tout à l’heure : il faut absolument l’acceptation des parents pour qu’une politique en matière de mixité fonctionne.

L’un des arguments qui revient beaucoup quand on discute avec les parents – et c’était encore le cas à Toulouse – c’est la question du privé. Les familles s’interrogent : ces expérimentations ne vont-elles pas fragiliser encore plus l’enseignement public, au profit du privé sous contrat qui continue de faire ce qu’il veut ?

La fuite vers le privé est certes une réalité, mais il faut la pondérer. Si l’on regarde les données chiffrées, le privé ne concourt que pour une partie à l’évitement. C’est de toute façon un état de fait : le droit français consacre une liberté de choix de l’enseignement aux parents. Les moyens d’action dont dispose l’Etat envers le privé sont donc limités. Une fois que l’on a dit ça, ne nous cachons pas derrière cet argument pour ne rien faire dans le public. Il faut arrêter de se mortifier et avancer. Il faut atténuer les effets de la ségrégation générée par l’enseignement public lui-même. Il n’y a pas de fatalisme, d’autant qu’il y a un important effet zapping chez les familles : si le collège public de secteur est performant, la plupart des parents y enverront leurs enfants plutôt que de le contourner en les envoyant dans le privé.

Marie Piquemal

L'article complet se trouve ci-dessous

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