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Vivement l'Ecole!

Apprendre à nos élèves "juste parce que c'est beau"...

17 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

Je lis régulièrement "M Le Magazine du Monde". Il paraît chaque samedi. Grand amateur de ballets classiques, admirateur de Marie-Agnès Gillot, danseuse Etoile à l'Opéra de Paris, mon regard fut il y a quelques mois attiré par un rapide portrait fait d'elle.

Elle y confiait ceci :

«J'adorais mon grand-père. Il m'a appris plein de choses qui ne servent à rien comme pêcher la crevette, dessiner, apprivoiser les oiseaux, apprendre le nom des arbres».

Ce qui me fit réfléchir...

L'Ecole est en refondation. Trop, pas assez, trop rapidement, trop lentement, pas comme il faudrait pour les uns, comme il ne faut surtout pas pour d'autres. Là n'est pas le sujet de ma réflexion du moment. Voilà donc une danseuse qui, se souvenant de son grand-père adoré, conserve de lui l'image du pédagogue qu'il fut sans même le savoir. Un pédagogue particulier puisqu'il lui apprit des "choses qui ne servent à rien".

"Qui ne servent à rien..."

Et si, de temps à autres, nous, pédagogues experts, professeurs de profession, maniant les programmes avec dextérité, maîtrisant nos savoirs comme personne, capables de construire une séance qui s'achève "pile" sur la sonnerie de fin de cours, ne devrions-nous pas parfois prendre le temps, un temps nullement perdu, d'apprendre à nos élèves ces "choses qui ne servent à rien" ?

J'entends d'ici les quelques-uns, toujours les mêmes, poussant de hauts cris, bras levés vers le ciel, implorant la mémoire des anciens et m'accusant de dangereuse démagogie.

Comment? Ne pas respecter les programmes ? Emmener les élèves vers des «savoirs douteux», même pas évaluables  ? Scandale  !

Comment  ? Oser faire découvrir des savoirs inutiles  ? Quand tout savoir se doit, c'est un dogme scolaire, d'être utile et seulement utile  ? Scandale  !

Loin de moi l'intention de ne pas respecter les programmes ! En plus de trente-quatre ans de bons et loyaux services - je crois - , j'ai toujours mis un point d'honneur à obéir à la vraie seule injonction qui nous soit imposée: respecter ces fameux programmes et en laisser des traces.

Le grand-père de Marie-Agnès Gillot a laissé les traces que j'aimerais aussi laisser, prétentieusement sans doute, dans la mémoire de mes élèves. Ces traces indélébiles liées à des moments où, tout en apprenant ces «choses qui ne servent à rien», ces choses qu'on ne notera pas, ces choses qui ne feront pas l'objet d'un devoir, d'un contrôle, nous construirons ensemble des souvenirs, des souvenirs formateurs de l'adulte que chacun de nos élèves deviendra bientôt. Réapprendre, par exemple, qu'un livre est fait pour être lu avant d'être étudié. Et même, pourquoi pas, de ne pas être étudié du tout.

De temps en temps...

Je souhaite à tous les élèves de ce pays de conserver en mémoire aussi bien des formules mathématiques que la promenade qu'un jour un professeur de français vous fit faire, arrêtant le cours en son milieu, parce qu'il avait envie de vous montrer un paysage d'automne, de vous lire quelques passages de Flaubert et de Maupassant au milieu d'une Normandie vivante, loin du cadre strictement fermé de la salle de classe...

Et de vous montrer quelques libellules frôlant l'eau de la rivière...

Juste parce que c'est beau...

Christophe Chartreux

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