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Vivement l'Ecole!

Moi la petite fille que tu étais, je l'ai rencontrée... (Au Maroc et à son peuple...)

24 Janvier 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

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Moi la petite fille que tu étais, je l'ai rencontrée. Je l'ai croisée. J'ai joué avec elle dans la poussière ensoleillée transformée en nuages à grands coups de pieds nus dans des sandales en plastique. Nous avions toi et moi huit ans, neuf ans... Nous vivions baignés dans la lumière "si éclatante qu'elle en devenait noire et blanche" disait Camus, ce "grand-frère"...

Avec toi j'ai lancé des pierres sur des cibles imaginaires ou visant des boites de fer abandonnées là, sur le chemin qui menait du village à la ville en contrebas. J'ai aimé tes yeux sombres, immensément ouverts malgré la violence du soleil asséchant tout, sans pitié, dans des étés torrides...

J'ai vu avec toi les troupeaux, maigres, de quelques vaches énervées par les mouches,  sauvées par les pique-boeuf venant festoyer sur le dos des pauvres bêtes. Je les ai vues ces chèvres et ces poules, devant chez moi, dans ce champ que je traversais enfant pour rejoindre l'école. Je te croisais souvent. Nous parlions sans toujours nous comprendre. Alors nous riions dans un langage commun, celui du bonheur des enfants insouciants... Nous glissions nos mains sur les murs blancs de chaux, couverts des longs chapelets de bougainvilliers en fleurs...

J'ai rêvé si souvent, blotti dans le large sarouel de celle que je n'ai jamais pu appeler ma "bonne", encore moins ma "fatma", d'être de ces  femmes et de ces hommes travaillant une terre aride qui prenait leurs forces bien plus qu'elle ne donnait d'épis. Les sillons creusaient les visages et les mains. Et moi, endormi entre les jambes de Khadija assise par terre sur le carrelage bleu et blanc de la cuisine, j'attendais sa main peinte au henné sur mon front. Elle commençait toujours par caresser mon visage avant de me raconter des histoires de djinns, invisibles esprits facétieux et malins. Mélangeant le français et l'arabe, j'étais au monde. Le mien.

Et soudain ton rire dans la rue.

"Va Christophe" me disait-elle... J'abandonnais la douceur et les parfums de Khadija pour te rejoindre. Pour retrouver les deux rives des sentiments élémentaires... Aimer et admirer... Aimer ce que nous étions, admirer ce que nous regardions... Tout ce que beaucoup ne savent plus faire aujourd'hui...

C'est ton regard, ton rire, c'est Khadija et son visage peint, ce sont les fleurs et les vagues, la poussière et le bleu du ciel, les nuits étoilées comme les pluies d'automne qui ont été ma chance.

Ces souvenirs-là ne m'ont jamais abandonné. Il y a toujours en moi des "étés invincibles"...

Christophe Chartreux

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