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Vivement l'Ecole!

Sortir... "Présumées coupables"...

19 Décembre 2016 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Art

Sortir... "Présumées coupables"...

EXTRAITS

Des sorcières aux  tondues de la Libération, l’exposition «Présumées coupables», au musée  des Archives nationales, à Paris, représente six siècles de procès,  souvent sexistes, faits aux femmes.

C’est un test qui ne trompe pas. Quelles sont les femmes les plus célèbres de l’histoire de France ? «Jeanne d’Arc et Marie-Antoinette… et Charlotte Corday suit de très près», réplique Pierre Fournié, l’un des commissaires de l’exposition parisienne «Présumées coupables».

Des femmes jugées, condamnées et exécutées. Siècle après siècle, les romans, les journaux et le cinéma ont été hantés par la figure de la femme criminelle, traîtresse ou déchue, sorcière ou fille perdue. Elles ne représentent pourtant, aujourd’hui encore, que 5 % des criminels condamnés - une proportion à peu près stable depuis le Moyen Age, comme le relève l’historienne Claude Gauvard. Mais toujours, la suspecte est bien plus scandaleuse que l’homme délinquant : traditionnellement renvoyée à sa douceur maternante et à sa fonction de pacificatrice, «la femme est d’autant plus coupable qu’elle ne devrait pas l’être», écrit encore l’historienne, dans le livre publié à l’occasion de l’exposition (Présumées coupables aux éditions L’iconoclaste).

(...)

Les tondues

Pendant la guerre, elles ont couché avec un boche, eu un enfant d’un nazi, ont fricoté avec l’envahisseur. Par amour, conviction ou nécessité - Marguerite, 36 ans, dira à son procès le 5 juin 1945 qu’elle l’avait fait «pour pouvoir donner à manger à mes enfants». Quoi qu’il en soit, elles sont coupables de l’ultime infamie : trahir la nation en donnant leur corps aux Allemands. Dès le début de la Libération, des femmes seront montrées du doigt, accusées de «collaboration horizontale».

Les procès furent expéditifs, le châtiment spectaculaire : la tonte en public, le corps parfois dénudé, souvent marqué au rouge à lèvres d’une croix gammée, voire au fer rouge. La plus célèbre des collaboratrices est la chanteuse Arletty, qui sera condamnée mais pas tondue. Dans son procès-verbal, elle raconte avoir répondu à un ambassadeur allemand qui souhaitait qu’elle se rendît à Baden-Baden qu’elle préférait «Paris-Paris». L’historien Fabrice Virgili, coauteur du catalogue d’exposition, estime à 20 000 le nombre de ces femmes qui, en France, furent tondues à la Libération. Jusqu’à ce que la répétition des mêmes scènes archaïques ne donne la nausée aux intellectuels de l’époque. Dans Combat, le 2 septembre 1944, Sartre écrit son dégoût devant ce «sadisme moyenâgeux».

(...)

Par Sonya Faure, Johanna Luyssen et Julie Brafman  

Présumées coupables Musée des Archives nationales, Hôtel de Soubise, 60, rue des Francs-Bourgeois 75003. Jusqu’au 27 mars 2017.  

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