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Vivement l'Ecole!

La salle de classe...

20 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

La salle de classe...

La salle de classe...

Après trente-trois années de bons et loyaux services, j' éprouve toujours un petit pincement, quelque chose d' indéfinissable avant d'entrer dans ma salle de classe. Je dis "ma" car je fais partie de ces professeurs bénéficiant du privilège, un peu stupide mais oh combien utile, de disposer d'une salle unique et permanente pour tous mes cours. Privilège de l'ancienneté sans doute...

On ne sait JAMAIS ce qui va se passer vraiment dans cette salle de classe. Les seuls éléments dont on soit sûr est qu'on trouvera le tableau, les tables et les chaises sagement rangées, l'armoire toujours à sa place et les volets roulants à ouvrir chaque matin puis à ne surtout pas oublier de redescendre le soir au risque de se faire sévèrement réprimander par le personnel de service, ce magnifique personnel de service dont on ne dira jamais assez l' importance, le bureau et l'ordinateur incontournable désormais, le rétroprojecteur fixé au plafond, cyclope inquiétant scrutant vos faits et gestes ! Quant au reste, c'est à dire le cours, la séance, l'heure que vous passez avec vos élèves, alors là vous ne savez rien, n'êtes certain de rien et cela vaut bien mieux !

J'ai TOUJOURS douté avant une séance et je douterai jusqu' à la dernière. Ces quatre murs qui nous enferment, vingt-cinq à trente élèves et un adulte embarqués dans un voyage  dont on connaît le point de départ, dont on a fixé le point d' arrivée par les objectifs à atteindre, ces quatre murs donc vous obligent à saisir l'espace, à l'occuper et surtout à le rendre vivant, jusqu'à presque palper physiquement le patient cheminement vers ce mystère, DANS ce mystère, renouvelé qu' est la compréhension. Comprendre pour que tombent les murs de l'ignorance, pour que soient satisfaites les curiosités des élèves, pour que vos doutes un à un tombent jusqu' à la sonnerie libératrice pour chacun.

« Monsieur, pourquoi vous laissez la porte de votre classe ouverte quand vous faites cours ? »

C' est vrai Stéphanie, ma salle reste ouverte sur le couloir. Ma légère claustrophobie y est pour quelque chose, mais pas seulement. Il y a du symbole dans cette démarche. Il vaut ce qu'il vaut et je n' en fais nullement un exemple à suivre. Mais cette porte ouverte, c'est une manière de dire aux élèves : vous n'êtes pas enfermés, NOUS ne sommes pas enfermés. La connaissance, le savoir, la découverte, le questionnement, le débat, le travail, la réflexion, la recherche individuelle et collective, bref notre quotidien commun sont OUVERTS sur la vie, sur l'extérieur. Et ils sont autant de clefs qui, je l'espère et avec l'apport de mes collègues, vous permettront d'ouvrir d' autres portes un jour.

Ce que Stéphanie ne sait pas, c'est que j' ai également eu l'insigne honneur de choisir ma salle. Et j'aime cette salle dont les fenêtres donnent sur un paysage de champs, de prés verts et de bosquets couvrant les collines normandes dévalant l'horizon. Un paysage de carte postale, mais un paysage vivant, changeant avec les saisons.

Parfois, quand je sens mes Stéphanie et autres Pierre un peu dissipés - je ne suis pas infaillible - j'arrête ma séance et nous nous posons ensemble:

« Regardez dehors, ouvrez une fenêtre et respirez un grand coup. »

Alors pendant deux ou trois minutes, nous "sortons", nous "quittons" la salle de classe et nous allons "cueillir quelques fleurs" pour égayer le quotidien des journées de classe, pas toujours drôles il faut bien le constater. Désormais, Stéphanie me demande parfois, sans en profiter exagérément :

« Monsieur, on peut aller cueillir des fleurs deux minutes là ? »

Et la salle de classe ouvre ses fenêtres. C'est long, très long deux heures de français en troisième. Mes chefs d'établissement, à de rares exceptions, ne supportent pas de me voir les autoriser à sortir un peu dans le couloir à l'interclasse, sous ma surveillance. Je n'ai jamais cédé. Ce moment est propice aux discussions, aux confidences parfois, aux jeux évidemment. Propices à autre chose tout simplement, mais un autre chose qui reste de l'enseignement !

Donnons à nos élèves, même si ce n'est que factice, l'impression qu'ils conquièrent parfois quelques parcelles fleuries d'une liberté nécessaire. Cette liberté qui les rend à eux-mêmes et les aide à grandir. Cette liberté qui vous pince le coeur, de peur qu'ils n'en profitent trop...

Cette liberté qui DOIT rester vivante, maîtrisée mais VIVANTE, entre les quatre murs de notre salle de classe...

Christophe Chartreux

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