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Vivement l'Ecole!

Education: la droite n'apprend pas ses leçons et ne retient rien du passé!

30 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Education: la droite n'apprend pas ses leçons et ne retient rien du passé!

Le texte ci-dessous, écrit en plein quinquennat sarkozyste, est une réponse, un acte militant, un espoir.

- Une réponse à la très belle invite de François Dubet dans son introduction de L’école des chances : « que les acteurs politiques et syndicaux, les mouvements pédagogiques et les individus qui se sont longtemps battus pour plus de justice scolaire, n’abandonnent pas le combat » (2004);

- Un acte militant invitant tous ceux qui se reconnaissent dans une École de la République juste, capable d’offrir à chacun des perspectives d’avenir professionnelles comme personnelles, à lutter pour sa refondation tant la casse a été grande ces dernières années;

- Un espoir, qu’au-delà de clivages politiques qui régleraient, sur le dos de l’École, des points de vue divergents (chose légitime dans une démocratie), puisse émerger non un « discours de gauche ou de droite » sur l’École, mais un discours cohérent et responsable sur ce que les adultes d’aujourd’hui veulent pour nos enfants présents et à venir. Une manière aussi d’imaginer le monde qu'ils veulent voir construire par ces enfants-là... Au-delà de la transmission de savoirs et de savoir-faire, une École est toujours le reflet des valeurs privilégiées par la société qui la produit.

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2010-2011

 

Les enjeux sont considérables et il n’est pas question de développer ici un discours angélique : 17% d’une classe d’âge sortent du système éducatif sans diplôme ni qualification (Consulter le Centre d' Etudes et de Recherches sur les Qualifications: www.cereq.fr) soit environ 130 000 jeunes chaque année. Le rapport de la Cour des Comptes de juin 2010 pointe des données inquiétantes : à l’âge de 15/17 ans, des sources convergentes indiquent que 21% des élèves – situés par conséquent à la fin de la scolarité obligatoire – ont de grandes difficultés dans la lecture et ne maîtrisent pas les compétences de base en Français. Pour les mathématiques, certains chiffres sont alarmants : en fin de troisième, 73% des élèves ne maîtrisent pas le programme. Enfin, dans des domaines comme l’histoire-géographie-éducation civique - où l’on pourrait penser que les différences de niveau entre élèves sont moins fortes - les constats répétés de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du Ministère de l’Éducation Nationale) interpellent. Les évaluations-bilans, réalisées tous les 6 ans sur les compétences dans ces disciplines, révèlent qu’un peu plus d’un quart seulement des élèves manifeste des compétences dépassant les niveaux simples de repérage et de reproduction en ce qui concerne les capacités à se situer dans le temps et l’espace et à penser un phénomène à plusieurs échelles. Pour des disciplines dont l’ambition (pour tous, rappelons-le) est de « comprendre le monde, s’y situer et y agir en citoyens responsables », le constat est inquiétant. À défaut de fabriquer des élites, l’École républicaine aurait même du mal à contribuer à la construction de citoyens avisés ?

 

Plus grave : le rapport de la Cour des Comptes précédemment cité juge sans complaisance l’efficacité de notre système éducatif. La question de savoir si, dans le processus de démocratisation/massification, il y a eu réduction des inégalités ou pas, est tranchée. Ce ne sont pas les compétences générales qui diminuent - le « niveau » qui baisserait en somme - mais bien le fait que les écarts ne cessent de se creuser entre une petite partie d’élèves toujours plus performants et un nombre grandissant d’élèves en difficultés, voire en très grandes difficultés. Même si les enfants des classes populaires ont bénéficié de l’extraordinaire développement de l’enseignement secondaire entre 1985 et 1995, force est de noter que, sur les enfants d’ouvriers entrés en sixième en 1995, 18% sont sortis de l’enseignement secondaire sans aucun diplôme et 8% avec le seul brevet des collèges (voir les travaux de Jean-Pierre Terrail sur les enfants issus du monde ouvrier).

 

Une société courageuse, sûre des valeurs qu’elle défend, ne doit pas faire l’impasse sur une analyse rigoureuse du bilan de son École. Sans flagellation inutile, pour pouvoir regarder l’avenir avec lucidité. Oui, François Dubet a raison : tous ceux – et nous en faisons partie – qui se sont battus dans les trente dernières années pour donner le meilleur de ce que nous pensions pertinent pour nos élèves ; tous ceux qui se sont engagés dans un processus de remise en cause des pratiques enseignantes ; tous ceux qui ont proposé, innové, réfléchi, assumé au quotidien les réformes ou les ouvertures pédagogiques, milité pour une autre École ne doivent pas baisser les bras et témoigner de cette volonté de toujours remettre l’ouvrage sur le métier et de ne jamais abdiquer quand il s’agit de l’Éducation.

 

L’objectif est de contribuer sans tabou à un débat citoyen, à une réflexion sans exclusive sur tous les obstacles aujourd’hui repérés, et avancer des propositions. L’objectif est d’interroger certains des impensés de l’École, y compris sur des thématiques au caractère « explosif ». La société française a intériorisé le modèle de socialisation par l’École qui se met progressivement en place, dès le XVIIème siècle, dans les villes en Occident, et dont l’École de la IIIème République n’est finalement que le prolongement. Cette forme scolaire imprègne nos esprits au point de nous interdire une interrogation sur des questions pourtant simples et essentielles, prémices à la fondation d’une autre École. Oui, en ce début du troisième millénaire, il est possible et urgent de nous interroger sur des évidences.

 

- Faut-il conserver la classe comme structure de référence ?

- La notion de programme a-t-elle encore du sens dans le monde mouvant actuel ?

- L’établissement scolaire doit-il être une structure ouverte ou protégée ?

- Les disciplines scolaires (et savantes) doivent-elles être le cadre premier de toute programmation de l’enseignement ou la ressource à des questions anthropologiques que se pose tout individu (la vie, l’organisation en société, la gestion durable des ressources…) ?

 

Ces questions appartiennent à tous et ne doivent pas être confisquées par des technocrates s’arrogeant le droit de penser pour le reste de la société. L’école est l’affaire de tous : ce devrait même - avec d’autres questions sociétales (la santé, les retraites, la dépendance, l’emploi, l’organisation des territoires…) - être le champ prioritaire de l’exercice de la citoyenneté.

 

Une autre École est possible. Elle dépend de nous. À condition d’en comprendre les réels enjeux. Il est terminé le temps où un nouveau ministre de l’Éducation nationale pouvait rassurer le peuple, par une habile rhétorique, en déclarant a priori, qu’il ne changerait rien. Le temps est au contraire venu de revendiquer une juste et urgente révolution, certainement même une « métamorphose » au sens défini par Edgar Morin : pas de promettre l’infaisable, mais de revendiquer une rupture radicale pour une École qui a rencontré ses limites.

 

Le réalisme et la raison invitent à admettre que « tout » n’est pas possible en même temps ni tout de suite : l’important, si notre vision séduit, sera de déterminer, avec pragmatisme, la feuille de route pour les dix ans à venir. Deux mandats présidentiels en somme...

Christophe Chartreux et Nicole Allieu-Mary

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Si en 2016 nos élèves, mais aussi nos collègues professeurs des écoles - dont on ne louera jamais assez le remarquable travail qu'ils accomplissent au quotidien - sont frappés de plein fouet par la récente enquête portant sur le niveau des CM1 en mathématiques, c'est parce que pendant la période 2007-2012 tous les travers dénoncés dans le texte que vous venez de lire n'ont jamais été mis en cause.

Bien au contraire!

Au lieu de prendre le taureau par les cornes, comme l'ont fait Vincent Peillon, Benoit Hamon et Najat Vallaud-Belkacem, ceux qui étaient en responsabilités entre 2007 et 2012 ont aggravé les dysfonctionnements par des décisions et déclarations aberrantes!

- Suppression de 80 000 postes;
- Formation supprimée;
- Professeurs de maternelle comparés à des "nourrices remplaçant des couches" (X Darcos);
- "Le curé plus important que l'instituteur" (N Sarkozy);
- Des programmes 2008 d'une rare indigence.

Et j'en passe!

Tous ces errements, toutes ces stupidités ont des conséquences sur le temps long. L'école est une forêt vivante. Un incendie peut la détruire en quelques minutes. Il lui faudra 20 ans pour retrouver sa force!

Qu'on y prenne garde, car en écoutant attentivement François Fillon, ces aberrations sont dans les tiroirs, prêtes à être appliquées à nouveau.

Décidément, à droite, on ne retient rien des leçons du passé!

Christophe Chartreux

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