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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Roland Dorgelès... Les Croix de Bois...

11 Novembre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Roland Dorgelès... Les Croix de Bois...

Cʼétait un hommage de larmes, tout le long des maisons, et cʼest seulement en les voyant pleurer que nous comprîmes combien nous avions souffert. Un triste orgueil vint aux plus frustes. Toutes les têtes se redressèrent, une étrange fierté aux yeux. La musique nous entraînait, à pleins cuivres, tambour roulant ; les plus fourbus semblaient revivre et on les sentait prêts à crier : «Cʼest nous qui avons fait lʼattaque!... Cʼest nous qui revenons de là-haut». Sur la place, le bataillon de jeunes était rangé, capotes neuves, baïonnette au canon. Quelques pas en avant, le général à cheval, avec sa suite chamarrée. Pas une voix dans nos rangs, pas un murmure en face. On nʼentendait, sous la musique fiévreuse, que la cadence mécanique du régiment en marche. Le regard volontaire de ceux qui défilaient semblait vouloir dominer tous ces gosses muets qui présentaient les armes. Le général sʼétait levé sur ses étriers et, dʼun grand geste de théâtre, dʼun beau geste de son épée nue, il salua notre drapeau troué, il Nous salua Le régiment, soudain, ne fut plus quʼun être unique. Une seule fierté : être ceux quʼon salue! Fiers de notre boue, fiers de notre peine, fiers de nos morts!... Les clairons éclatants reprirent et nous entrâmes dans la grand-rue, glorieux, raidis, entre une haie mouvante de gosses qui marchaient au pas. La jeune fille des Postes, les yeux rouges, la tête renversée, nous fit bonjour de son mouchoir mouillé, en criant quelque chose quʼun sanglot étrangla. Alors, Sulphart tout pâle ne put se retenir : - Cʼest nous autres qui avons pris le village! lui cria-t-il dʼune voix forte. Cʼest nous! Et de toutes les têtes tournées, de tous les yeux brillants, de toutes les lèvres, le même cri dʼorgueil semblait jaillir : «Cʼest nous! Cʼest nous!». La musique sonore nous saoulait, semblant nous emporter dans un dimanche en fête ; on avançait, lʼardeur aux reins, opposant à ces larmes notre orgueil de mâles vainqueurs. Allons, il y aura toujours des guerres, toujours, toujours

Roland Dorgelès, Les Croix de bois, chapitre XI, Victoire

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