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Vivement l'Ecole!

F Hollande: "un bilan pas si négatif qu’on le proclame, pourvu que l’on lise attentivement ses confidences récentes"...

30 Octobre 2016 , Rédigé par Le Monde - Syvia Ullmo Publié dans #Politique

F Hollande: "un bilan pas si négatif qu’on le proclame, pourvu que l’on lise attentivement ses confidences récentes"...

EXTRAITS

Le chef de l’Etat n’est pas pire que ses prédécesseurs et son bilan n’est pas si négatif qu’on le proclame, pourvu que l’on lise attentivement ses confidences récentes, explique l’historienne Sylvia Ullmo.
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Le Hollande bashing a parlé toutes les langues. La dernière est celle du Tweet : démolir en 140 signes. La parution du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme « Un président ne devrait pas dire ça… » (Stock) en donne une triste illustration.

Réprobations et condamnations pleuvent sur François Hollande, accusé d’en avoir trop dit de mal des uns et des autres : Daniel Schneidermann y a lu la preuve de la « médiocrité de François Hollande ». Najat Vallaud-Belkacem serait vexée de s’entendre dire qu’elle n’est pas une intellectuelle ; Jean-Marc-Ayrault serait attristé d’avoir été jugé trop soumis ; et les magistrats ont protesté parce que le président aurait lâché des paroles peu flatteuses sur leurs corporations…

Qui de tous les commentateurs s’est vraiment donné la peine de lire ce gros ouvrage ? Trop fatigant sûrement ; un livre qui ne permet pas la lecture rapide parce qu’il a tenté de rendre compte de l’extrême complexité du parcours politique d’un homme qui a voulu en toutes circonstances garder la tête haute malgré les vicissitudes. Tout le tohu-bohu autour des « confidences imprudentes » du président tient à une pratique généralisée de la lecture tronquée.

Dans une phrase admirative

Ils n’ont pas lu le texte, et surtout ne connaissent pas son contexte. François Hollande a bien dit que ­Najat Vallaud-Belkacem n’était « pas une intellectuelle », mais dans une phrase admirative : « C’est quelqu’un d’extrêmement déterminé »… « Elle travaille, elle est claire, simple, solide ; rien ne l’arrête… elle me rappelle Ségolène dans les années 1980, avec plus de force… dans ce gouvernement, de sa génération, c’est elle qui a le plus de volonté » (p. 121-122).

(...)

Un tourbillon de critiques

Plus lamentable, plus désespérante est l’opinion d’un Daniel Schneidermann qui affirme que le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme l’a convaincu de « l’immense médiocrité » de François Hollande. Médiocre, François Hollande ?

J’ai au contraire vu se dessiner le portrait d’un homme modestement exceptionnel (et exceptionnellement modeste !). Un homme-président profondément humain, qui a essayé de tenir son rôle en y maintenant à chaque pas le poids d’une méditation sur le sens des choses et des gens. Un sage plongé dans un tourbillon de haine et de critiques, à distance desquelles il a voulu se maintenir pour ne pas tomber dans l’excès ou la violence. Un homme qui, à chaque étape de son magistère, a tenté de ne pas agir et réagir avec médiocrité. Cela s’appelle de la secondarité – ou de la distanciation. Un homme aussi qui, disposant d’un éventail de pouvoirs mis à sa disposition par la Constitution, a voulu ne jamais se venger ou poursuivre ceux qui l’insultaient.

(...)

Attaqué par son camp

Je conseille la lecture du chapitre intitulé « Le pacificateur ». On lui reproche de n’avoir pas renégocié le pacte budgétaire européen ; mais, nous fait-on remarquer, « il parvint à faire adopter en contrepartie… un pacte de croissance européen… il a repris le projet d’union bancaire promu par Mario Monti. La finance a bien été, en partie, encadrée, à défaut d’être mise au pas » (p. 286).

François Hollande a essuyé les attaques de son camp : les ministres insoumis (Montebourg, Hamon, Filippetti), les frondeurs du PS… « Il n’a pas manqué de procureurs de son propre camp.Avec, à gauche, des amis pareils, Hollande n’avait pas besoin d’ennemis à droite. » Il lui a fallu être le « président-résilient ». Mais de cela nul ne lui en sait gré non plus.

(...)

Le destin de François Hollande me paraît illustrer l’histoire de la gauche la plus bête du monde : lorsqu’elle est aux affaires, la gauche française s’érige en armée de colonels, chacun se sentant autorisé à prétendre au plus haut des destins. Aucun ne s’est demandé « ce qu’il pouvait faire pour la gauche, mais s’est inquiété surtout de savoir ce que la gauche pouvait faire pour lui ».

Elle aura eu la peau d’un président de la gauche*, dont on peut voir qu’il n’est en rien moins bon que ses ­prédécesseurs, Chirac et Sarkozy. Demain, elle se prépare à voter pour Alain Juppé dont elle a oublié qu’il est de droite et qu’il administrera une politique de droite que les ­pe­tites réformes du travail de la loi El Khomry apparaîtront alors comme insignifiante. Ce n’est pas François Hollande qui est médiocre. C’est sa gauche ! Et demain elle va nous contraindre à faire des choix insupportables.

Par Sylvia Ullmo, professeure honoraire de civilisation américaine
 
Le billet complet est à retrouver (pour abonnés) ci-dessous

* Pas encore... :)

Christophe Chartreux

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