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Vivement l'Ecole!

#college2016 - L'enjeu, c'est l'élève...

23 Octobre 2016 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

#college2016 - L'enjeu, c'est l'élève...

L'enjeu de la réforme du collège, appelée #college2016 sur les réseaux sociaux, va bien au-delà des débats qui ont animé la "famille" enseignante et la classe politique l'année dernière.

Cette réforme, que les opposants trouvent trop lourde tout en lui reprochant d'être trop "timide" - qu'en aurait-il été alors si les trois Ministres successifs depuis 2012 avaient brutalement renversé la table? - se heurte à des décennies d'habitudes, à un entre-soi ne dérangeant que ceux qui en sont exclus.

Depuis, en gros, les années 1970 et l'apparition d'un chômage qu'on ne tardera pas à appeler "de masse", l'école est devenue une fausse "valeur-refuge", celle qui promet de l'emploi à condition d'y réussir.

Fausse en effet car cette école-là, celle qui est née presque par effraction à la fin des années Pompidou, n'avait plus de refuge que le nom. Elle devenait celle de la compétition et des inégalités, non pas créées, mais reproduites. Peu à peu, et c'est tragique, l'écart entre les meilleurs et les plus "faibles" allait s'accroître. Peu à peu et chaque année un peu plus. Toujours en défaveur des mêmes.

En même temps disparaissait la mixité scolaire. Le mot "ghetto" allait être désormais accolé à certains établissements. "Ghettos" de pauvres et "ghettos" de riches.

Et la crise a poursuivi son œuvre. Chacun s'accommodant de la situation. Oui l'école devenait inégalitaire. Et alors? L'école reproduisait tout compte fait les inégalités acceptées au dehors. Pourquoi s'inquiéter plus que de raison?

Tout cela malgré beaucoup de signaux d'alerte de la part des pédagogues. Signaux réguliers et plus ou moins espacés dans le temps, sans jamais - et c'est un fait historique - de grands mouvements populaires exigeant la fin d'une école fondée sur l'acceptation scandaleuse des inégalités.

Tout cela jusqu'en 2014 en gros. Date de la mise en musique de la réforme "Collège2016".

Avec une violence rarement atteinte dans des débats irrationnels, schizophréniques, souvent utiles, toujours nécessaires. Ce fut un tsunami, très organisé par celles et ceux qui majoritairement sont les bénéficiaires depuis toujours d'un système construit par ceux qui réussissent pour ceux qui réussissent. Je vois déjà les bras levés au ciel des opposants lisant ces lignes. Pourtant je n'invente rien. Arrêtons-nous un instant sur ces propos de Christian Baudelot, sociologue pas spécialement favorable à Najat Vallaud-Belkacem. Il évoque le mouvement de protestation contre la réforme du collège:

"Ce mouvement d'opinion très orchestré rappelle beaucoup la Manif pour tous, avec l'enseignement privé en soutien. Le courant protestataire est entièrement organisé autour de la sauvegarde des privilèges des catégories qui profitaient déjà pleinement du système scolaire et veillaient à maintenir son élitisme. Le collège n'a jamais été vraiment unique. Il a toujours connu des spécialisations par matières ou territoriales. Les responsables politiques ont proféré des énormités sur les dangers que pouvait faire courir la réforme au système, en modifiant l'enseignement des langues anciennes ou vivantes. Les changements en jeu ne sont pourtant pas considérables. On va apprendre à tout le monde une seconde langue vivante dès la 5e. Ce qui pose problème, c'est ce "à tout le monde"."

Recueillis par Eric Fottorino et Laurent Greislamer pour Le1

L'enjeu de la réforme ne se situe donc pas DU TOUT dans la défense outragée des langues anciennes (qui ne sont pas mortes du tout) ni des classes bilangues.

Il doit répondre à la question bien plus vaste suivante:

"Quel enseignement demain?"

Après avoir vécu un collège construit sur la spécialisation de professeurs brillants:

- est-il si révoltant que cela, à l'heure des savoirs accessibles "facilement" - en tout cas plus facilement que dans les années 60-90 - de proposer d'autres manières de faire et de transmettre?

- est-il si iconoclaste d'affirmer que la polyvalence d'enseignants formés serait bien plus porteuse de résultats que l' "hyper disciplinarité"?

- est-il si dangereux de proposer à nos élèves d'apprendre à croiser les disciplines pour mieux en comprendre les finalités à travers la production d'un travail en commun, un "chef d'œuvre"?

- est-il si grave de conséquences de proposer plus d'autonomie à des EQUIPES pédagogiques?

- est-il si étrange, après avoir toutes et tous constaté qu'un nombre non négligeable d'élèves s'ennuie à mourir  dans nos classes, y compris les miennes, de proposer des méthodes pas seulement différentes ni  nouvelles - ce n'est pas parce qu'une idée est neuve qu'elle est automatiquement bonne - mais "seulement" passionnantes pour des gamins qui passent six heures par jour le plus souvent le cul vissé sur leur chaise?

Une fois répondu à ces questions, nous aurons abordé les véritables enjeux... Loin des pamphlets médiocres désignant tel ou tel pédagogue/"assassin" à la vindicte populaire.

L'enjeu principal restant, ne l'oublions jamais: 

l'ELEVE!...

Christophe Chartreux

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